
3- Bouquet d'émois
3- Bouquet d'émois (3- Bouquet d'émois) posté le mardi 15 septembre 2009 15:31
3-1 (3- Bouquet d'émois) posté le mardi 15 septembre 2009 15:43

Théanô, la tête reposant sur les genoux velus de son époux, goûtait un rare moment de tendresse. Tout allait pour le mieux. Erôn faisait connaissance avec sa future fiancée et semblait l'apprécier ; les deux jeunes faunes passaient toutes leurs journées ensemble à errer dans la forêt. Agapios voyait cette "amitié" toute neuve d'un oeil ravi. Apaisé, il était désormais convaincu que tout irait selon ses plans. Et son humeur générale s'en trouvait grandement améliorée. Depuis l'arrivée des jumeaux des Champs, la vie avait repris le doux éclat des années passées. Toute tension avait disparu et la sérénité régnait sur la Forêt.
Jamais Agapios n'avait été aussi heureux depuis qu'il était chef. Et Théanô en était ravie. C'était ça, la vie dont elle avait toujours rêvée, qu'elle avait appelée de ses voeux : une douceur de chaque jour loin des tumultes assourdissants et des passions enflammées.

Des rires joyeux fusèrent des fourrés. Aussitôt Erôn, suivi de la jeune Akrivi hilare, traversa la place devant ses parents sans leur prêter la moindre attention. Théanô tourna sa tête vers son époux souriant :
- Tu vois. Il ne servait à rien de fulminer sur le caractère de notre fils. Il suffisait de l'amadouer. Le voilà maintenant pris à la toile de l'amour, tout naturellement, sans heurt, comme tu le désirais. Je t'avais bien dit que tout s'arrangerait.
Agapios poussa un profond soupir d'aise, enchanté par la chaude proximité de sa femme. Il tendit la main pour caresser tendrement la chevelure blanche et toujours aussi soyeuse malgré les outrages du temps :
- Oui, je dois bien avouer que tu avais raison. Tu sais comment prendre Erôn. Tu es une si bonne mère et une épouse sage et avisée. Ah, tout se passe comme prévu. A ce rythme, nous pourrons bientôt annoncer notre alliance avec le Clan des Champs. C'est merveilleux. Finalement, j'ai mal jugé Erôn. Il fera un chef parfait, il suffit juste que j'apprenne à canaliser son énergie correctement. Mais assez parlé de notre progéniture. J'ai encore un moment avant mes audiences. Si nous en profitions pour raviver quelques anciens souvenirs.
Théanô, incrédule, releva vivement la tête. Avait-elle bien compris le sous-entendu ? Cela faisait si longtemps qu'Agapios ne la touchait plus. Un seul regard sur le visage de son époux et elle sut qu'elle ne rêvait pas. Le vieux satyre lui lança un sourire avenant. Dans ses prunelles brillait l'éclat d'un désir qu'elle avait cru mort depuis des lustres...

3-2 (3- Bouquet d'émois) posté le mardi 15 septembre 2009 15:55
Ah vraiment, la vie était belle !

La forêt bruissait de mille chuchotis mélodieux, l'air embaumait de fragrances fleuries, les papillons virevoltaient en un splendide ballet éthéré, et une ravissante faunesse aux attraits envoûtants s'amusait à le pourchasser de son rire enfantin.
Erôn, essoufflé par sa course folle, se jeta dans l'herbe grasse, au pied du majestueux Chêne. Akrivi le rejoignit bientôt, les notes aigües de son rire frais s'élevant jusqu'aux vénérables branchages. Des oiseaux, effarouchés par le soudain remue-ménage, s'envolèrent, laissant les jeunes gens à leur tête-à-tête. La faunesse, reprenant son souffle, s'allongea aux côtés de son prétendant.

La course avait coloré ses joues d'un ravissant rose, parfaitement assorti au violet de ses grands yeux innocents. Qu'elle était jolie, cette jeune fille, avec ses longs cheveux blonds. Erôn n'avait qu'une envie en admirant cette masse d'or : y plonger les mains pour en apprécier la douceur, y enfouir le nez pour respirer l'odeur de fleurs champêtres.
La tentation était insoutenable. Chaque jour, le désir se faisait sentir, toujours plus pressant, s'enroulant autour de son coeur, faisant taire sa raison, enfiévrant son corps. Il lui fallait toute sa volonté pour contrôler cet appétit qui le laissait pantelant.
Et Akrivi, innocente, jouait avec lui, avec ses pulsions, sans même sans rendre compte. Il suffisait d'un seul sourire pour embraser ses sens, d'une seule oeillade malicieuse pour engourdir son esprit, d'un seul geste tendre pour étouffer sa volonté.
3-3 (3- Bouquet d'émois) posté le mardi 15 septembre 2009 16:00

Il observa encore une fois ce visage offert à ses regards. Innocence, pureté, candeur, autant de mots simples pour le décrire. Akrivi était si différente des créatures frivoles et lubriques qui peuplaient la forêt et qu'Erôn avait l'habitude de côtoyer de très près. Elle était si jeune, vierge de toute concupiscence. L'amour n'avait pas encore frôlé son coeur, elle ignorait tout de ce sentiment adulte, évoluant dans un monde encore enfantin et ingénu.
Et elle était là, à le dévorer du regard, ignorant tout de ce qu'il pensait, heureuse tout simplement d'être en sa compagnie. A lui de l'initier à l'art divin de la séduction et du libertinage.
Mais il fallait agir avec subtilité et douceur, pour ne pas effaroucher la belle. Elle avait été élevée de curieuse façon, loin de tout mâle hormis ceux de sa famille. Pour ce qu'Erôn avait compris, Rukos, son père, l'avait jalousement tenue éloignée des autres faunes, pour d'obscures raisons. Quel père ignoble ! Bien plus cruel qu'Agapios-même ! Empêcher sa fille de sortir et de folâtrer comme toute jeune faunesse qui se respecte, infamie ! Ainsi, elle avait grandi avec pour seule compagnie masculine son jumeau, cet être insipide, ce bellâtre efféminé sans relief.
Erôn eut un frisson désagréable à cette pensée. Quelle vie insignifiante ! Alors qu'Akrivi était si pleine d'entrain, si joyeuse. Comme elle avait dû s'ennuyer pendant toutes ces mornes années ! Le jeune satyre chassa ces pensées parasites de son esprit : rien ne devait gâcher cet instant béni à deux.

Il reporta toute son attention sur sa belle compagne de jeu. Elle l'observait avec ses grands yeux innocents, un frais sourire collé à ses lèvres taillées pour les baisers. De sa voix la plus caressante, il l'invita à s'approcher un peu plus... Ce qu'elle fit sans la moindre hésitation.
3-4 (3- Bouquet d'émois) posté le mardi 15 septembre 2009 16:05
Leurs corps étaient proches ; ils se frôlaient à chaque mouvement, cherchant l'air de rien à entrer en contact. Akrivi se mit à rougir délicatement, sa respiration s'accéléra imperceptiblement. Erôn y vit le signe qu'il attendait depuis qu'il l'avait rencontrée. Elle était prête à franchir le pas, à se laisser aller. Le jeune faune sentit un friselis ému courir le long de sa colonne vertébrale. Il tendit son visage avenant vers celui, rosissant, de la belle ingénue. Ses yeux étaient interrogateurs, mais elle ne recula pas.
Erôn, fort de ce succès, s'enhardit un peu plus ; il avança encore, lentement, retenant son souffle. Son regard était plongé dans une mer violette, hypnotisé par un éclat magique, attiré vers le fond sans fin d'une paire d'yeux ravissants.

Bientôt, il sentit sur son visage un souffle délicat au parfum de mûre. Son coeur manqua un battement. Comme il aimait cet instant suspendu précédent la réalisation du désir ! Le temps s'arrêtait et il pouvait tout à loisir imaginer ce qui allait suivre. C'était un peu comme humer le parfum appétissant d'un mets avant de le goûter : on en ressentait un plaisir presque aussi intense que lorsque la première bouchée glissait sur les papilles.
Leurs lèvres se touchaient presque ; Erôn suspendit son avancée juste pour aiguiser un peu plus son désir. Finalement, il avança dans le but d'achever ce baiser auquel il aspirait...












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