
La vieille faunesse secoua la tête, désappointée. Erôn ne comprenait manifestement pas ce qu'elle voulait dire. Il n'avait pas encore assez vécu, ou bien il refusait de voir la vérité. Il confondait désir et amour, ne faisant fonctionner que son corps et oubliant son coeur.
C'était le travers de nombreux faunes, les plus excessifs, à l'instar de Pan, qui s'étourdissaient de stupre sans aucun discernement. C'est pour cela qu'elle avait été séduite par Agapios le chaste, parce qu'elle-même croyait en l'amour. Elle savait faire la différence entre une simple soif corporelle et un amour vrai. Bien sûr, elle aimait elle aussi la chair, mais elle gérait ses émotions et ses désirs. Elle savait bien que désirer un quelconque bellâtre n'était pas de l'amour. Seul Agapios occupait cette place particulière, même après tant d'années et de désillusions.
Et elle venait de se rendre compte qu'Erôn ne faisait pas cette distinction, qu'il n'en avait rien à faire. Son instinct de mère brilla au danger qu'elle venait de déceler : avait-elle rater quelque chose dans l'éducation de son fils ? Elle espéra se tromper, s'inquiéter pour rien. Mais le doute s'était insinué, disséminant son funeste venin en elle. Elle para son visage d'une mine suppliante :
- S'il-te-plaît, Erôn. Je voudrais vraiment que tu fasses un effort. Rencontre-la. Pour le reste, on verra plus tard. Je ferai patienter ton père. Je ne peux pas te promettre plus. Et, connaissant ton père, tu sais déjà que c'est beaucoup.
Bougon, Erôn accepta néanmoins la proposition raisonnable de sa mère. Il ne lui restait plus qu'à exhorter Agapios à un peu plus de patience et de douceur envers son fougueux fils.





















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